Architecte 20/07/2017
réalisation - vue générale
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désert des Agriate (Corse), France
débarcadère du Lotu. aménagement paysager et maritime
mission de conception et de suivi de l'intégration paysagère et du design
BET Bureau d'Etude Insulaire ingénieurs (conception et suivi technique et structurel)
Conservatoire du Littoral maître d'ouvrage
lot môle terres

La desserte par la mer est l'unique moyen ou presque pour accéder au site du Lotu et de Leccia dans désert des Agriate.
Les rotations fonctionnent à la saison estivale et permettent aux touristes et aux baigneurs de passer la journée sur la magnifique plage du Lotu ou aux alentours dans ce site grandiose, très peu peuplé.

Auparavant, un ponton flottant sur pieux type cat-way faisait office de débarcadère assez précaire au vu de la taille des bateaux qui y accostaient et de la relative affluence des visiteurs. De plus la localisation de ce débarcadère, devant la plage du Lotu, le rendait dangereux ou impraticable par vent du nord et nord-ouest, les plus fréquents et les plus violents sur cette côte.

Le CONSERVATOIRE DU LITTORAL conscient de l’inadaptation du débarcadère existant et de l’indispensable maintien de la desserte maritime du site du Lotu a dans un premier temps fait réaliser par BEI une étude multicritères. Elle a permis, sur un linéaire de côte d’environ 3 Km, de situer le meilleur endroit pour implanter un nouveau débarcadère, plus sûr et plus durable. Il se situe à proximité de l'ancien ponton de la plage mais se niche dans une petite anse rocheuse mieux abritée, où un petit ponton de pêcheur existait de longue date.

Dans un deuxième temps, le CONSERVATOIRE DU LITTORAL désireux d’atteindre un niveau de qualité optimal pour la réalisation a désigné une équipe pluridisciplinaire de concepteurs chargée de concevoir le ponton et son enracinement à terre: les ingénieurs de BEI et l’architecte JC DUTELLE.
Le travail de l'équipe a donc été transversal et les critères réunis de technique, du design et du paysagisme ont conduit à faire des choix mûrement réfléchis : les piles ont été préférées en béton plutôt qu’en bois en raison de leur légèreté visuelle et de leur plus grande durabilité, le rythme entre les piles (longueur des travées) a été le plus espacé possible toujours dans un souci de légèreté, le dessin de la structure a été affiné pour ne pas paraître excessivement massif, le béton a reçu une teinte dans la masse proche de celle des rochers, etc.

En particulier, le travail de l'architecte a été de concevoir un ouvrage qui s'intègre le mieux possible au très remarquable paysage naturel. Le minimum de perturbation sur le milieu naturel et dans le paysage a été l’un des objectifs essentiels. L'intervention devait être réversible et respectueuse du site.

La partie terrestre du débarcadère, le môle, épousant les irrégularités du terrain rocheux qui le reçoit, fait office de placette avec un banc pour les passagers en attente d’embarquement.
Le môle est traité en pierre locale comme les nombreux ouvrages parsemant la région (les fameux paillers et les aménagements ruraux des Agriate) et le dallage est en béton teinté-brossé (anti dérapant) à l’identique de la couleur et de la texture de la terre naturelle des alentours. Ainsi, la réalisation fait corps avec le site qui l’accueille ; la rive du dallage est en pierres debout à la façon de la traditionnelle « ricciada » corse, le mur-banquette à appareillage traditionnel est aussi coiffé des grandes pierres débordantes qui les terminent habituellement et le discret béton du dallage se confond avec le sol naturel.
En plan, le môle s’adapte au terrain et au plateau rocheux sur lequel il s’appuie, à la manière économe en effort qu’avaient les paysans-batisseurs ; la sinuosité de la bordure en est le résultat.
En élévation, la pente irrégulière du terrain est aussi épousée.
Un emmarchement rustique en grosses pierres brutes fait le lien avec le sentier piéton côtier aménagé aussi par le Conservatoire du Littoral.

La partie maritime de l'ouvrage, le ponton, large de 2m et longue de 54m permet aux bateaux d'accoster en tête, dans cette zone où la profondeur est assez faible.
Le rythme de la structure est le plus large possible (entraxes des palées de 9,10m) afin d'obtenir un effet aérien et visuellement perméable sous le tablier. Sur le fond marin, l’infrastructure est soigneusement recouverte pour ne laisser voir que l’indispensable et ne pas interrompre la belle prairie sableuse.

La structure (longerons et les traverses) des modules du tablier est en aluminium qualité marine. Les longerons en alu sont composés-soudés en profil à âme caisson (double) avec fenêtres de visite côté intérieur tandis que les autres profils sont standards (U et tubes carrés).
Les palées préfabriquées en usine sont en béton armé monobloc. Elles se composent d’un ensemble semelle / paire de piles / chevêtre.
Les semelles dont la surface est plus importante vers l’extrémité libre du ponton qu’à la racine sont posées sur un lit de ballast en pierre (environ 40cm) puis recouvertes du sable du fond. Les piles dont la longueur s’adapte à la profondeur rencontrée de la mer font 35 cm de diamètre. Elles sont réunies par le chevêtre qui les couronne et dont les extrémités sont affinées au maximum.
Les parties en béton, pieux et traverses, sont teintées en gris foncé de manière à se confondre avec la frange sombre que l'on voit sur les rochers, à la limite de la surface de l'eau.

Sur le ponton et à son approche, le bois domine largement. Le platelage démontable en hiver et les défenses latérales dissimulent la structure métallique. Il s'agit de chêne français de l’Allier (forêt de Troncey) choisi pour ses qualités écologiques et durables :
- impact énergétique optimisé grâce à la distance d'acheminement réduite
- gestion raisonnée des forêts de prélèvement (lutte contre la déforestation des forêts primaires exotiques)
- durabilité du chêne naturellement satisfaisante en extérieur améliorée de plus par les embruns salés
- texture anti-dérapante obtenue dès la première opération de débitage (dessus brut de sciage)

Commande publique
2007

Jean-Charles Dutelle, cabinet d'architecture